En comparant des CMP, il est fréquent de voir apparaître la mention "compatible TCF" ou "CMP certifiée IAB". Cela peut donner l’impression qu’il s’agit d’une certification nécessaire pour gérer correctement le consentement aux cookies.
Ce n’est pas le cas. Le Transparency & Consent Framework, ou TCF, répond à un besoin beaucoup plus spécifique : standardiser la gestion et surtout la transmission des choix de confidentialité entre les nombreux acteurs de l’écosystème publicitaire numérique.
Pour certains éditeurs financés par la publicité programmatique, c’est un sujet important. Pour un site vitrine, une boutique WooCommerce, le site d’une collectivité ou une entreprise utilisant simplement quelques services comme GA4, YouTube ou Google Maps, le besoin est très différent.
Qu’est-ce que le TCF de l’IAB ?
Le TCF est un standard développé par IAB Europe. Il définit un cadre commun permettant aux éditeurs, CMP et fournisseurs de technologies publicitaires de communiquer les choix effectués par les visiteurs.
Dans cet écosystème, ces fournisseurs sont généralement appelés des "vendors". Il peut s’agir de régies, de plateformes publicitaires, de solutions de mesure, de DSP, de SSP et d’autres intermédiaires participant à la diffusion ou à la mesure de publicité.
Le TCF organise notamment des finalités, des bases légales et une liste de vendors. Une CMP compatible présente les informations nécessaires au visiteur puis génère un signal standardisé représentant les choix effectués.
Ce signal peut ensuite circuler dans la chaîne publicitaire afin que les différents acteurs disposent d’une information commune sur les choix du visiteur.
Pourquoi un tel standard existe-t-il ?
Sur un site relativement simple, la gestion du consentement peut rester très directe. Le site utilise par exemple GA4, YouTube et Google Maps. La CMP connaît ces trois services et peut conditionner leur chargement au choix du visiteur.
La publicité programmatique est beaucoup plus complexe. Lorsqu’un espace publicitaire est vendu et affiché, de nombreux intermédiaires peuvent participer à la chaîne technique. Tous doivent être capables de recevoir les informations nécessaires concernant les choix de l’utilisateur.
Faire dialoguer individuellement chaque éditeur, chaque CMP et chaque technologie publicitaire serait extrêmement compliqué. Le TCF fournit donc un protocole commun.
C’est dans ce contexte que le framework prend tout son sens.
Le TCF n’est pas le RGPD
C’est une distinction essentielle. Le TCF est un standard proposé par une organisation professionnelle du secteur de la publicité numérique. Ce n’est ni une loi ni une obligation générale imposée à tous les sites européens.
IAB Europe présente d’ailleurs le TCF comme un standard volontaire. Son objectif est de faciliter le respect de certaines exigences issues notamment du RGPD et de la directive ePrivacy dans le contexte particulier de l’industrie numérique.
Un site peut donc avoir besoin de recueillir le consentement pour certains services sans avoir besoin du TCF. À l’inverse, participer au TCF ne transforme évidemment pas automatiquement un site en site conforme au RGPD.
C’est la même distinction que celle que je fais plus généralement dans mon article sur les limites d’une CMP dans la conformité d’un site.
Une CMP peut fonctionner sans TCF
Le terme CMP est parfois tellement associé au TCF que les deux finissent par être confondus. Pourtant, une Consent Management Platform peut parfaitement fonctionner sans participer à ce framework.
Une CMP peut recueillir le choix du visiteur, empêcher le chargement de services tiers avant consentement et permettre de modifier ce choix ultérieurement sans produire de signal TCF.
C’est le cas de tarteaucitron. Le fonctionnement repose principalement sur le contrôle des services réellement présents sur le site. Si Google Maps doit être bloqué, tarteaucitron bloque Google Maps. Si YouTube doit attendre le consentement, son iframe peut être remplacée par un emplacement permettant au visiteur de l’autoriser.
Cette approche est beaucoup plus directe que celle d’une chaîne publicitaire comprenant potentiellement un grand nombre d’intermédiaires.
Pourquoi tarteaucitron ne participe pas au TCF
Ne pas intégrer le TCF est un choix de ma part, pas une limitation technique découverte trop tard dans le développement de tarteaucitron.
Participer au framework implique pour une CMP de s’enregistrer auprès de l’IAB Europe, de respecter ses spécifications et ses politiques, de passer ses procédures de validation et de suivre les évolutions du standard. Cette participation est également payante pour les CMP.
Je comprends l’intérêt de ce fonctionnement pour les acteurs qui souhaitent participer à cet écosystème publicitaire. Ce n’est simplement pas la direction que je souhaite donner à tarteaucitron.
Je préfère que les choix de développement soient guidés par les besoins des utilisateurs, les règles applicables, l’accessibilité et les contributions de la communauté open source plutôt que par les exigences d’un organisme privé lié à l’industrie publicitaire.
Un site avec Google Analytics a-t-il besoin du TCF ?
Pas simplement parce qu’il utilise Google Analytics. L’utilisation de GA4 peut nécessiter une gestion du consentement adaptée, mais cela ne signifie pas qu’il faut intégrer toute l’infrastructure du TCF.
Il faut également éviter de confondre TCF et Google Consent Mode. Consent Mode permet de communiquer des états de consentement aux produits Google. Le TCF permet de transmettre des informations standardisées dans un écosystème beaucoup plus large de vendors.
Ce sont deux mécanismes différents. tarteaucitron prend par exemple en charge Google Consent Mode v2 sans participer au TCF.
Et pour Google Ads ?
Là encore, utiliser Google Ads ne signifie pas automatiquement que tous les sites doivent adopter le TCF. Il faut regarder plus précisément les produits publicitaires utilisés et la manière dont le site est monétisé.
La situation d’une entreprise qui achète quelques campagnes Google Ads pour vendre ses propres produits n’est pas la même que celle d’un éditeur dont les pages affichent de la publicité fournie par un ensemble de partenaires et d’intermédiaires.
C’est surtout dans cette seconde situation que les standards permettant à une chaîne publicitaire de partager les choix du visiteur deviennent importants.
Quand le TCF devient-il réellement pertinent ?
Je regarderais sérieusement le TCF lorsqu’un site dépend de la publicité programmatique et travaille avec des partenaires qui utilisent ce framework. Dans ce cas, la compatibilité TCF peut devenir un véritable critère de choix de la CMP.
Il ne suffit alors pas qu’une CMP affiche une bannière. Elle doit être enregistrée pour participer au framework et respecter les spécifications nécessaires à la génération et à la transmission des signaux attendus par les vendors.
Pour un éditeur concerné, choisir une CMP sans TCF peut donc effectivement être bloquant.
Ce n’est simplement pas une règle que l’on peut généraliser à tous les sites Internet.
Un site vitrine ou e-commerce classique en a-t-il besoin ?
Dans beaucoup de cas, non. Si le problème consiste à contrôler une liste raisonnable de services tiers présents sur le site, une CMP capable de les bloquer correctement est généralement beaucoup plus importante que sa participation au TCF.
Pour un site utilisant par exemple GA4, YouTube, Google Maps, reCAPTCHA et quelques outils marketing clairement identifiés, je commencerais par vérifier que ces services sont réellement maîtrisés.
Est-ce que les scripts nécessitant un consentement sont bloqués avant le choix ? Est-ce qu’un refus est respecté ? Est-ce que les iframes sont correctement gérées ? Est-ce que le visiteur peut revenir sur sa décision ?
Ce sont des questions beaucoup plus concrètes pour ce type de site. J’explique notamment comment contrôler le résultat dans mon article consacré au blocage réel des trackers.
Le nombre de vendors mérite aussi d’être compris
Les interfaces TCF peuvent parfois présenter un nombre impressionnant de partenaires. Ce n’est pas parce qu’un site utilise directement des centaines d’entreprises différentes de la même manière qu’il utilise une vidéo YouTube ou une carte Google Maps.
Cela vient de la structure même de l’écosystème publicitaire et des vendors avec lesquels l’éditeur choisit de travailler dans le framework.
IAB Europe recommande d’ailleurs aux éditeurs de réfléchir aux vendors réellement nécessaires et avertit qu’un nombre injustifiablement élevé de fournisseurs peut rendre les choix plus difficiles à comprendre pour les utilisateurs.
Cette complexité peut être justifiée par un modèle publicitaire qui en a réellement besoin. Je ne vois en revanche aucun intérêt à la reproduire sur un site qui utilise cinq services tiers clairement identifiés.
TCF ou pas TCF : partir du besoin réel
Je ne choisirais donc pas une CMP en considérant la présence du TCF comme une case obligatoirement positive. Je commencerais par regarder le modèle du site.
Un éditeur dépendant d’une chaîne de publicité programmatique compatible TCF doit naturellement vérifier ce point et choisir une CMP adaptée. Pour lui, c’est une fonctionnalité structurante.
Un site vitrine, une boutique, une collectivité ou une entreprise qui cherche principalement à contrôler quelques services tiers n’a pas nécessairement ce besoin. Une CMP plus simple peut parfaitement être adaptée.
Le TCF résout un problème réel. Mais ce problème n’est pas celui de tous les sites Internet.


